Les handicaps comme la maladie affectent notre vie sexuelle de manière plus ou moins importante selon les séquelles qu'ils nous ont laissées mais aussi selon la connaissance que nous avons acquise de nous-mêmes, nos expériences passées comme le vécu le plus quotidien.
Nous pouvons alors légitimement nous demander si l'on reste désirable, si la jouissance ou le plaisir sont encore possibles, si l'on va pouvoir séduire et/ou garder notre partenaire, avoir encore des enfants, etc. C'est toute notre estime sexuelle qui en prend un coup en même temps que l'estime plus générale de nous-mêmes et de notre corps. Ce corps fait pour nous porter mais aussi pour se donner... Se donner à voir.
Indépendamment de l'aspect socio-psychologique, il est évident que l'angoisse et l'inquiétude s'emparent légitimement de nous lorsque le physique n'est plus au diapason. Aussi peut-on renoncer au plaisir sexuel par manque de sensations dans quelque partie du corps que ce soit. Par impossibilité pure et simple d'utiliser certains membres (dans le cas d'amputation ou de paralysie sévère); à cause de douleurs invalidantes...
Faire une croix sur la sexualité, quel qu'en soit le motif est une erreur et une erreur médicale aussi: la sexualité n'est réductible ni à la procréation, ni à un besoin de faire comme la société le vante de partout mais c'est une nécessité biologique, vitale. Il est vrai que rien dans les médias, pleins de personnes handicapées frustrées et malheureuses -vivant une sexualité pathologique toute en voyeurisme et prostitution-, ni dans les écoles ne nous aident à brosser un portrait châtoyant, véridique, naturel, humainement juste de la sexualité des personnes souffrant de déficiences ou de maladies invalidentes. Les clichés sont alors légion et le fétichisme pas plus loin que le refus de tout rapport, un refus allant souvent jusqu'à l'asthénie la plus complète.
Du côté du médical, ce n'est pas franchement mieux : confondant tuyauterie et sexualité, orgasme (point G) et realtions sexuelles, plaisir et manuels de psychopathologie quand ce n'est pas de recettes et de positions toutes faites. La caricature n'est pas seulement celle qu'ici nous brossons du médical mais aussi celle que le médical tire de la sexualité en général et de celle des personnes handicapées (qu'il méconnaît) en particulier.
Alors, où trouver à savoir comment ces personnes vivent leur sexualité, puisqu'un sondage est presque impossible et qu'un rapport comme le fameux rapport Hite sur cette population n'est, à notre connaissance, pas encore sur le point de sortir de presses? Fidèles à nous-mêmes, testons l'internet. Voyons, en quelques lignes ce que recèle ce monde en plein boum du "cybersexe": la sexualité en ligne.
Ces forums, chats et sites de rencontres qui pullulent, favorisés par l'anonymat que permet l'internet. C'est dans ces espaces que nous trouverons pas mal de personnes handicapées qui vont, enfin, oser parler de leurs problèmes les plus intimes, échanger des points de vue, exprimer leurs désirs, demander des "solutions" ou des conseils, solliciter des rapports même virtuels...
Quoi qu'on puisse en penser par ailleurs, ces espaces de "simples relations/de rapports écrits, virtuels" permettent aux personnes handicapées de jouer un rôle actif, promoteur de recherche d'échange en toute égalité : première victoire et premier point positif quand on a vu les manques en matière d'éducation sexuelle et les tabous, l'ignorance aussi, entourant la vie sexuelle de cette frange de la population.
Deuxième point positif et victoire souvent pour ces personnes : pouvoir sortir de la bulle de honte enfermant leur libido depuis des années souvent, comprendre et entendre qu'elles ne sont pas seuls à souffrir, à se poser ces questions et que rien là-dedans ne porte à rire ni voue irrémédiablement au rejet et à l'exclusion.
Car la clé, si clé il y a, est bien là : sortir de la norme imposée du silence autour de ce thème qu'il s'agit d'aborder de front, ouvrir les valves salvatrices de l'expression vraie (même par écrit) et apprendre, ce faisant, que personne n'est le ou la seul/e au monde à vivre ce que l'on vit... Ouvrir des espaces de parole où pouvoir parler aussi gratuitement que librement de sexualité et de handicaps, au-delà de toute honte, sans clichés ni tabous. Que ces espaces soient cyber ou réels l'important est qu'ils existent, même si le réel reste l'objectif bien évidemment.
Le débat reste ouvert mais soyons attentifs à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain en jetant tout de go l'anathème sur ces nouveaux canaux dits de cybersexe. Que cela soit représentatif ou pas n'est pas la question. D'un point de vue humain on en tirera les conclusions que notre éthique et expérience personnelles nous diront à chacun; d'un point de vue purement "objectif", "neutre", disons que cela existe et que, d'autre part, le boum expérimenté en dit long sur la solitude et le besoin existant dans nos sociétés, plus particulièrement parmi les personnes malades ou handicapées et plus précisément en matière de relations affectives, sexuelles et de plaisirs partagés...
Et puis, si le cyber ouvre la porte à une relation tout à fait physique, entendez réelle, alors, que demander de plus? D'autant plus que des barrières seront déjà tombées, des sentiments se seront exprimés, les hontes dépassées, etc...
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JMCD 020902
Que pensez-vous de la phrase sortie du best-seller à l'eau de rose d'un docteur machin-chose :"les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars"? Et de cette autre de Cameron Diaz (une philosophe à ses heures) :"quand les hommes sentiront qu'on a besoin d'eux et les femmes qu'elles peuvent recevoir, les choses iront mieux dans le monde."? |